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Prophètes : chapitre deux – Mieux vaut régner en enfer qu’être esclave au paradis

Quand Basile se mit à implorer et appeler sa mère en sanglotant, le Premier Juge Lancevan commença à perdre patience. Le prévenu se débattait aux bras des deux gardiens comme un désespéré, ses larmes se répandaient sur ses habits et les mains solides qui le maintenaient, et ce à un débit de plus en plus préoccupant. S’il y avait bien une chose que Lancevan ne supportait pas, c’était lorsqu’un condamné ne savait pas garder sa dignité et sa tenue. Il en avait vu plus d’un perdre son sang-froid face à l’imposante guillotine qui trônait au centre de la salle d’exécution, pourtant, certains savaient garder la tête haute à l’imminence de l’application de la peine et participaient à leur propre mise à mort avec panache et distinction. Le Premier Juge méprisait au plus au point les petites crapules de la trempe de Basile, incapable d’adopter une attitude noble à l’instant fatidique.

Basile se débattait comme une bête malhabile qu’on envoie à l’abattoir, et réussi à se dégager un moment de l’étreinte d’un des gardes pour se jeter aux pieds de Lancevan en essayant pitoyablement d’implorer sa clémence. Il pleurait à chaude larmes sur le sol et tentait vainement de s’excuser entre deux étouffements, mais les sons qui sortaient de sa bouche n’étaient au final qu’un charabia incompréhensible. Lancevan recula d’un pas afin d’éloigner sa stature élégante du pauvre bougre, roula les yeux d’impatience et fît un signe invitant à la promptitude aux deux gardes qui s’exécutèrent immédiatement. Le condamné fut porté à la hâte sur l’échafaud puis harnaché solidement afin de passer rapidement aux formalités administratives.

Pendant que le procureur et l’exécuteur remplissaient les formulaires adéquats, Jalouit s’approcha de Lancevan en silence et lui demanda, plus ou moins discrètement :

« La vache, où tu l’as dégoté ce cornichon-là ?

Lancevan sourit à son fidèle compagnon et porta la main à sa fine moustache brune :

– Apparemment il s’est enfui des mines de cuivre de Faloune la semaine dernière. Sa petite escapade a duré une nuit complète avant d’avoir été rattrapé par la police locale. Il portait encore ses fers et son bâillon de mineur. Je ne comprends pas pourquoi ce fichu capitaine a cru bon de le débarrasser de sa muselière. Qu’on le tue rapidement, toute cette mise en scène commence à m’impatienter.
– Regarde ça. Regarde ça ! Il est aussi trempé que s’il sortait du bain. Je suis sûr qu’il s’est fait dessus… Tu pourrais te débrouiller pour ne pas avoir à assister à tes condamnations, tu es suffisamment bien placé pour te le permettre…

Lancevan et Jalouit étaient tous les deux jeunes et fringants pour ce genre de métier, mais ne se ressemblaient pas vraiment physiquement : Lancevan était un beau garçon d’une bonne trentaine d’année, grand et raffiné. Son statut de Premier Juge faisait de lui l’une des personnes les plus importantes de Vieilladam. Jalouit en revanche, était petit, blond et excentrique. Alors que l’un ne démordait jamais de son sérieux, l’autre était bon vivant et peu enclin à la vie politique en général. Ils s’éloignèrent un peu plus de l’estrade où gémissait Basile, au moment où un sous-officier au teint cireux entrait pour les rejoindre. Il était visiblement fébrile et mal à l’aise.

– Mes respects, monsieur le Juge, je suis le sergent Rassoule en provenance directe de Venice pour convoyer un prévenu au tribunal de Vieilladam. J’ai des nouvelles importantes dont j’aimerais vous faire part en privé…

Il essuya fébrilement son front moite et Jalouit sourit malicieusement en constatant la terreur que pouvait inspirer son ami Lancevan.
Lancevan reconnu en la personne de Rassoule un de ses subordonnés personnels qu’il avait placé un peu partout dans les provinces avoisinantes pour se tenir au courant de ce qui se jasait dans la plèbe. Il posa une main confidente sur l’épaule du sergent :

– Parlons ici, qu’y-a-t-il de si préoccupant pour qu’un gaillard comme vous ait l’air aussi anxieux et tracassé ?
– Et bien voilà, j’aimerais vous entretenir de la personne de Jean Gordonne, le commissaire de la ville de Venice. Peut-être êtes vous au courant des événements récents de la province ?

Les sanglots de Basile s’étaient transformés en d’interminables reniflements, il avait visiblement du mal à respirer la tête coincée sur le support en bois. Lancevan fronça les sourcils :

– À Venice ? Je ne vois pas de quoi vous parlez, y-a-t-il eu des faits graves auxquels je n’aurais pas été informé ?
– Et bien il y a eu un rapport récent faisant la description de la chute d’un engin céleste dans une petite bourgade sous la préfecture de Venice. Il fait état de tout une fumisterie concernant un groupuscule hérétique qui serait apparu par la suite au nom d’une prétendue « Prophétie ». La véracité de ces faits reste à établir, mais ce qui est certains c’est que trois individus fauteurs de trouble sont apparu dans la région et prétendent à qui veut l’entendre – c’est à dire beaucoup de gens Monsieur le Juge – qu’ils posséderaient des informations très compromettantes et qui pourraient déstabiliser le gouvernement actuel. Je suis surpris d’être le premier à vous en informer…

Le sergent Rassoule ne semblait pas peu fier de rapporter ces informations capitales auprès du Premier Juge, qui visiblement n’était pas au courant. Lancevan tiqua.

– Qu’est-ce que c’est que cette histoire ! Des dissidents fauteurs de trouble à Venice ? Mais qu’attend le commissaire local pour nettoyer ce groupuscule ?
– C’est justement là le sujet dont j’aimerais vous faire part Monsieur le Juge : il semblerait que non seulement le commissaire Gordonne n’ait pas jugé bon d’arrêter ces gens, mais qu’en plus il ait fait directement affaire avec l’un d’eux !
– Foutre ! Quel genre d’affaire ?

Le procureur venait d’avoir terminé de remplir les papiers administratifs, et le bourreau se leva de sa chaise pour se diriger vers l’estrade et le pauvre Basile tout tremblant.

– Le commissaire s’est entretenu avec l’un de ces fameux contestataires, un homme blond qui commet l’outrage d’apparaître en public pieds nus et en pagne. Il arbore une croix en bois saugrenue et d’une taille considérable. Je ne connais pas les détails de cet entretien, mais il a été question de la libération d’une personne captive dans la mine de cuivre de Faloune. Je ne sais pas par quel moyen de pression ce hippie est parvenu à ses fins, mais visiblement une délégation a fait le voyage jusqu’aux mines et a ramené le prisonnier en question… Le directeur de la mine semble lui aussi être dans le coup, puisqu’il n’y a pas eu de heurts déclarés.

En arrière plan, on entendit un bruit de claquage sec. Les deux interlocuteurs jetèrent un bref regard vers la tête de Basile qui tombait dans la corbeille en osier avant de continuer :

– Qui est donc ce prisonnier libéré ? Pourquoi a-t-il été enfermé, a-t-il un lien quelconque avec ces hérétiques ?
– Je l’ignore Monsieur le Juge, tout ceci s’est effectué de façon fort secrète, personne n’a pu l’apercevoir à cause du bâillon et de la tenue réglementaire, l’adjudant chargé du transfert dit lui-même ignorer l’identité de ce prisonnier…
– Allons, ne me prenez pas pour un imbécile, on ne libère pas un prisonnier comme ça, il y a des registres, des archives ici même ! Pourquoi venir me voir sans les avoir consulté ?
– C’est que je les ai consulté Monsieur le Juge, et la seule information que je possède, à savoir le matricule du forçat, R-dix-sept-cent-dix-sept, révèle qu’il s’agit d’un prisonnier politique et que par conséquent son nom et son statut social ont été effacés du registre, selon le protocole. La seule façon de connaître l’identité réelle du prisonnier serait probablement de demander directement à un prisonnier de la mine qui l’aurait connu…

Les yeux de Lancevan s’agrandirent immédiatement, et il se retourna, l’air consterné, vers la petite corbeille ensanglantée à côté de la guillotine. Jalouit réprima comme il le put un rire en se mordant les lèvres, et sorti aussitôt de la pièce.

– Vous êtes en train de me dire que la seule personne aux alentours susceptible de connaître l’identité du matricule R-dix-sept-cent-dix-sept vient d’être exécutée à l’instant même ?
– Ah… C’est une éventualité Monsieur le Juge, mais peut-être que le prévenu ici présent n’était pas dans les mêmes quartiers de détention que la personne qui nous intéresse, enfin, probablement…
– Il n’y a qu’une seule cellule d’isolement aux mines de Faloune abruti ! Vous auriez pu me prévenir deux minutes plus tôt et on aurait pu être fixé !

Lancevan décocha un coup de pied rageur dans la corbeille en osier, et la tête toute humide de Basile vola à travers la pièce.

– Vous allez me faire le plaisir de me trouver une solution rapide pour connaître l’identité de ce fichu prisonnier. Je n’ai pas l’intention d’entamer une traque impossible après un fantôme nom d’une pipe !
– Oui, bien Monsieur le Juge, je vais immédiatement faire envoyer un émissaire aux mines de Faloune pour connaître les détails, j’espère que les informations que j’ai pu vous apporter ont pu vous être utile…
– C’est cela, ne traînez pas, pour ma part je vais ouvrir une enquête sur ce monsieur Gordonne… Et faire enfermer dès que possible tout ce petit monde fanatique et dissident.

Le sergent Rassoule salua d’une petite courbette dégoulinante de complaisance typique de l’espion perfide au service de Son Éminence, et fit mine de se retirer. Lancevan poussa un soupir exaspéré en se frottant le front, et rappela Rassoule :

– Sergent, revenez un instant, j’ai une petite idée sur la façon de procéder : quel genre de prisonnier ramenez-vous de Venice ? Pour quelle raison a-t-il été arrêté ?

Rassoule prit une mine interrogatrice :

– Il s’agit d’un petit délit sans grande importance, un individu ayant été pris alors qu’il dérobait du matériel de soin dans un dispensaire de la ville. La valeur et la quantité de bien dérobés n’étant pas très importante, il n’a écopé que d’une peine légère d’une quinzaine de jours de travail d’intérêt général à Vieilladam. Pourquoi cette question Monsieur le Juge ?
– Et bien je compte faire une faveur toute personnelle à ce brave monsieur. Il vient de gagner un séjour exceptionnel aux mines de Faloune. Décision extraordinaire du Premier Juge. Allez à l’inventaire déclarer ce nouveau mineur, puis revenez me voir avec lui, je souhaite m’entretenir avec lui avant son incarcération. Comment s’appelle l’heureux élu ?

Le sergent, quelque peu abasourdi, farfouilla dans la veste de son uniforme pour en retirer un petit calepin jauni qu’il feuilleta rapidement.

– Un dénommé Bogue Déjeuner, Monsieur le Juge. Je m’occupe de son cas dès à présent.
– Bien, vous pourrez ensuite disposer, répondit Lancevan plein de condescendance.

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Prophètes : chapitre un – Ce n’est pas une façon de dire au revoir

Bogue avait le béguin pour Fannie.

Bogue était petit, vif et cabotin ; Fannie était belle, blonde et douce. Il allait sur ses dix-sept ans, elle en avait seize. Bogue avait beaucoup d’amis, car il était fort sympathique et il savait jouer de la guimbarde avec un brio surnaturel, produisant des sons d’une dimension cosmique et avec un rythme à faire danser des montagnes. Fannie était plus réservée, car bien qu’étant fort jolie et d’une intelligence prononcée, elle avait le malheureux défaut de zozoter de façon très burlesque, ce qui lui valait la plupart du temps les moqueries stupides de son entourage.

Un jour, Fannie était allée voir Bogue, en rougissant, alors qu’il produisait son numéro quotidien auprès de ses amis, et lui avait dit qu’elle l’aimait. Bogue, sur le moment, fut pris d’un excès d’orgueil, sale et destructeur. Uniquement dans le but de faire rire son public comme il en avait l’habitude, il lui rétorqua une pique sur son défaut de prononciation, qu’il ne voulait pas forcément méchante mais qui fut, au plus haut point, blessante. Fannie se mordit abruptement les lèvres, cligna frénétiquement des yeux et s’enfuit avec des sanglots qu’elle n’arrivait pas à réprimer, sous le rire général de tous les crétins présents (la réplique de Bogue était, il est vrai, vraiment poilante).

Bogue, sur le moment, trouva étrange qu’il ne ressente pas d’avantage de satisfaction pour sa répartie, alors qu’elle ne manquait pas d’esprit. Puis, les premiers symptômes apparurent, il éprouva rapidement un drôle de petit pincement au cœur accompagné d’une sorte de douleur vague et tremblante dans l’estomac, qui prit dramatiquement de l’ampleur. Bogue était quelqu’un de très intelligent, et il se doutait bien qu’il était inutile d’aller voir le médecin. Il comprit assez vite qu’il était en fait diablement amoureux de Fannie, et qu’il avait planté un couteau profondément dans son propre cœur aussi bien que dans celui de la demoiselle en lui tenant cette réplique cinglante. Le soir même, il était tellement furieux contre lui même qu’il réussit à briser une étagère en deux en essayant de se mettre des baffes. Puis la fureur fit place à la honte, il ne mangeait plus une seul croûton de pain le reste de la semaine, et n’adressait plus la parole à quiconque. Fannie, elle, s’était enfermée dans sa chambre et dans un chagrin sans fin. Plusieurs mois s’écoulèrent sans que les deux protagonistes ne s’adressent la parole.

Puis, un jour, Bogue prit son courage à deux main, et décida d’aller voir Fannie chez elle pour s’excuser, et lui révéler sa flamme. C’était un beau dimanche ensoleillé, et il avait même coiffé sa tignasse habituellement indomptable. Sur le chemin, son rythme cardiaque était deux fois plus élevé que la normale, et un sentiment proche de la peur lui tenaillait le ventre, mais il avait pris la résolution de tout lui dire dans la journée, même si elle ne voulait pas le voir. Il se jetterait à ses pieds et la supplierait de lui pardonner.

En arrivant non loin de la maison de Fannie, il la vit à travers une fenêtre, et commença à paniquer complètement. Il se dit que peut-être elle ne l’aimait plus, peut-être qu’elle avait été définitivement et trop profondément blessée par sa verve vaniteuse pour ne jamais le revoir. Il hésita une bonne minute, prêt à rentrer chez lui en courant.

 

Mais soudain, quelque chose se réveilla en lui. Il entendit un léger sifflement, comme une douce note jouée à travers une flûte. Il ressentit une tiédeur revigorante dans sa nuque, qui se répandit dans tout son dos. Les tremblements de ses mains avaient cessés, et il n’y avait plus un souffle de vent dans l’air. Il était prêt. Il allait lui dire qu’il l’aimait, de tout son cœur.

 

A peine eût-il fait le premier pas dans la direction de la maison, qu’une énorme forme noire et massive s’abattit brutalement sur la maison de la pauvre Fannie : en un instant, le coquet petit pavillon fut pulvérisé dans un fracas épouvantable. Lorsque le nuage de poussière retomba, il ne restait plus qu’un cratère de décombres au milieu duquel trônait un étrange aérolithe dont la forme et la couleur évoquait vaguement une pomme de pin gigantesque. Un halo de lumière diffuse se dégagea de la base, et trois silhouettes en émergèrent. Une était visiblement habillée d’une tunique de soie élégante et raffinée. Une autre était massive et intimidante, elle portait une armure rutilante avec deux tablettes gravées en guise d’épaulières. La troisième enfin, le port altier et la mine fière, arborait sur son épaule un immense bâton en forme de croix. D’une voix suave et profonde, il prononça :

Humanité, nous voici, Prophètes, pour vous délivrer du Blasphème et vous apporter le salut de la Prophétie. Que la Paix, l’Amour et la Justice soient avec vous.

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Gargarismes préparatoires : Octogenèse improvisée et introduction de trois loustics


Banderolle prophetes

Au commencement, la Prophétie était parfaite.

Il y avait l’être et le néant, et tout était très simple ainsi. D’aucun diront que la Prophétie était, car s’il lui manquait l’existence, elle ne serait pas parfaite. Ils se trompent, car la perfection ne se réduit pas dans l’être ou dans le néant. La perfection est de pouvoir à la fois être et ne pas être.

C’est pourquoi la Prophétie dit : Que la Prophétie soit ! Et la Prophétie fut.

La Prophétie étant, elle vit que cela était bon ; et la Prophétie sépara l’être d’avec le néant. La Prophétie appela le néant 0, et l’être 1. Ainsi, il y eut un 0, et il y eut un 1 : ce fut le premier instant.

La Prophétie dit : Le néant n’engendrera que le néant, mais deux êtres engendreront un nouvel être. Et la Prophétie fit 1 et 1, ce qui engendra 10. Et non 2, comme certains l’affirment, car alors 2 n’existait pas encore. La Prophétie appela l’opération calcul. Ainsi, il y eut un 0, il eut un 1, et tout un univers de calcul possible : ce fut le second instant.

La Prophétie dit : Que l’univers des calculs possibles se rassemblent et forment la Mathématique. Et cela fut ainsi. La Prophétie vit que cela était bon, mais que cela ne servait pas à grand chose. Alors La Prophétie dit : Que la Mathématique régisse les lois d’un espace et d’un temps. La Prophétie nomma cet espace et ce temps réalité, et vit que cela était bon. Ainsi, il y eut un espace et un temps : ce fut le troisième instant.

La Prophétie dit : Qu’il y ait des lumières dans la réalité, pour séparer l’être et le néant ; que ces lumières forment des astres, et ces astres forment d’autres astres, qu’il y ait des planètes et des étoiles, des sons et des ondes, des nuages de gaz et d’explosions, des rochers qui craquent et se fissurent, des fluides qui coulent et se mélangent, des galaxies qui tournent et se rencontrent. Certains affirment que ce fût la plus grande fête de tous les temps et de tous les univers. D’autres déclarent avec un peu plus de clairvoyance qu’il s’agit du plus grand et du plus complexe des casse-tête mathématique qui n’eût jamais été. La Prophétie vit que cela était bon. Ainsi, il y eut un soir sur des milliards de milliards de planètes, et approximativement autant de matins : ce fut le quatrième instant.

La Prophétie dit : Que de la matière inerte jaillisse la matière dynamique pour pimenter un peu tout ça. Que certaines molécules complexes d’acides aminés, lipides, hydrates de carbone et autres acides nucléiques aux noms compliqués structurent des organismes dotés de capacités d’adaptation et d’évolutions, se développant tout au long de cycles appelés vies. La Prophétie les bénit, en disant : soyez féconds, multipliez et remplissez les eaux des mers. La Prophétie vit que cela était très bon. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin pour tout un tas de créatures bizarres et rigolotes : ce fut le cinquième instant.

La Prophétie dit : Que certains de ces organismes évoluent jusqu’à acquérir une conscience, afin qu’ils se posent plein de question sur leur existence. Qu’ils vivent pour atteindre un but, plutôt que de vivre pour survivre. Ce seront les réceptacles parfait pour acquérir la Prophétie. Ainsi naquirent les hommes, qui se demandaient bien ce qu’ils faisaient ici-bas. Il y en avait des grands, des petits, des noirs, des rouges, des roses, des poilus, des costauds, des faibles, des vifs, des stupides, et tous avaient le formidable potentiel de recevoir la Prophétie en leur âme intérieure, mais cela serait difficile. En pratique, l’humanité s’avéra vite être d’un intérêt limité. Cet intérêt résidait essentiellement dans la recherche de ce but que la Prophétie s’était bien gardée de définir, et que chaque être humain essayait de trouver vainement. Cela eût pour conséquences quelques guerres fratricides et destructrices, fort amusantes d’un premier abord, mais rapidement répétitives et ennuyantes.

La Prophétie vit que cela était un peu moins bon, mais que globalement c’était déjà pas mal. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin sur un gros tas de cadavres fumants : ce fut le sixième instant.

La Prophétie dit : Que des émissaires choisis au sein de l’humanité, porteurs de la Prophétie, apportent aux hommes leur aide afin de trouver le Salut de leur âme, et illuminent le monde de leurs sagesses. Qu’ils combattent le Blasphème avec ferveur et fassent régner la Paix, l’Amour et la Justice. Ainsi, trois de ces émissaires descendirent sur Terre afin d’accomplir leur mission rédemptrice.

L’un portait le nom de Mosi, il était le plus sage et le plus vénérable. Il portait la barbe de l’érudit, et l’armure du brave. Ses épaules étaient ornées de rutilantes tables gravées, qui dictaient en langues anciennes les lois et les devoirs des humbles et des rois. Un étrange blason représentant un poisson coupé en deux décorait sa poitrine, et il emportait toujours avec lui un puissant sceptre symbolisant autant son autorité que sa puissance virile.

Un autre encore s’appelait Jicey. Il était grand et sublime, une auréole dorée illuminait son visage blond et gracieux. Il était fort et courageux, et n’arborait pour tout atour qu’un simple pagne de tissu. Il transportait souvent un large bâton de bois en forme de croix sur son épaule, qui pouvait faire office de bannière à la gloire de la Prophétie autant que de sceau persuasif sur l’âme malléable des âmes les plus égarées.

Enfin, le troisième, discret et réfléchi, allait le visage toujours voilé, et n’adressait la parole que pour révéler une vérité pure et mûrement méditée. On l’appelait simplement M, et le mystère planait en permanence autour de ce personnage éthéré. Habillé de vêtements finement taillés, un antique cimeterre et une lampe ouvragée pendaient à sa ceinture de soie. De par son caractère taciturne et intellectuel, il inspirait à la fois la crainte et le respect autour de lui, et très peu de mortels ont eu la chance de connaître son vrai visage.

La Prophétie vit tout ce qu’elle avait fait et voici, cela était très bon. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin, et des yeux fatigués : ce fut le septième instant.

Ainsi furent achevés les cieux et la terre, et toute leur armée. La Prophétie acheva au huitième instant son œuvre, qu’elle avait faite. La Prophétie bénit le huitième instant, et il le sanctifia, parce qu’en cet instant elle se reposa de toute son œuvre qu’elle avait créée en la faisant. Et le premier Octet fut. La Prophétie pouvait désormais reposer et aller entre l’infini d’une galaxie et le cœur des hommes qui l’habitent.

 

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Historiettes et autres récits bibliques : Introduction à « Prophètes »

 

Herisson

 

Sur cette misérable Terre, il y a deux types de personnes. Il y a celles qui savent parler en société, pratiquent des activités sportives populaires, et ont une vie saine et intéressante. Et puis il y a les faibles, des introvertis peu sociables qui ont des loisirs marginaux et peu avouables, qui se droguent avec outrance par le biais de substances chimiques variées ou par des pratiques perverses comme le jeu vidéo ou la philosophie.

Les premiers n’ont pas besoin d’artifice ou de maquillage pour exprimer clairement le fond de leur pensée, une simple conversation avec leurs semblables leur permet d’établir une société agréable et sans duplicité. Les seconds en revanche, ne parviennent à présenter leurs idées et leurs opinions qu’à travers des moyens de communication compliqués et nébuleux, leur pensée reste le plus souvent floue et il devient vite chiant d’essayer de les comprendre. Ils ne sont pas fichus d’aligner une phrase simple pour exprimer leurs sentiments et passent la plupart de leur temps prostrés chez eux à inventer, créer ou pratiquer des choses inutiles et qui ne leur rapporte en général pas des masses de thune.

Malheureusement, je fais partie de la seconde catégorie de personnes, c’est pourquoi j’ai décidé de rester prostré chez moi à écrire quelques petites histoires sympatoches histoire de passer le temps et surtout de de démarrer un semblant d’expression publique.

Je suis donc parti sur un petit projet qui me tient à cœur et qui, je l’espère, en divertira quelques-uns. Ce projet prendra la forme de quelques courtes nouvelles, de dessins divers et variés, de bandes dessinées ou autre forme de média, et dont le propos et les personnages changeront souvent. Ces élucubrations fantaisistes n’ont pas de vocation particulière, à part peut-être amuser qui veut, voire inspirer d’autres projets. Je ne suis pas fermé à une quelconque participation et je serai ravi de partager ce genre de petit délire.

Le fil rouge de ce projet, pour l’instant, sera de relater les aventures rocambolesques et épicées de trois personnages hauts en couleur et complétement imaginaires, sortes de super-héros pour adolescents, que nous appellerons « Prophètes ».

Afin de commencer ce projet avec brio, je vais donc vous narrer dans le tout prochain article le prélude à cette (future) grande saga. Certains remarqueront mes inspirations directes au plus grand best-seller de tous les temps, c’est pour m’assurer du succès de la chose, vous comprenez… Allez, au boulot !

Au boulot