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Gargarismes préparatoires : Octogenèse improvisée et introduction de trois loustics


Banderolle prophetes

Au commencement, la Prophétie était parfaite.

Il y avait l’être et le néant, et tout était très simple ainsi. D’aucun diront que la Prophétie était, car s’il lui manquait l’existence, elle ne serait pas parfaite. Ils se trompent, car la perfection ne se réduit pas dans l’être ou dans le néant. La perfection est de pouvoir à la fois être et ne pas être.

C’est pourquoi la Prophétie dit : Que la Prophétie soit ! Et la Prophétie fut.

La Prophétie étant, elle vit que cela était bon ; et la Prophétie sépara l’être d’avec le néant. La Prophétie appela le néant 0, et l’être 1. Ainsi, il y eut un 0, et il y eut un 1 : ce fut le premier instant.

La Prophétie dit : Le néant n’engendrera que le néant, mais deux êtres engendreront un nouvel être. Et la Prophétie fit 1 et 1, ce qui engendra 10. Et non 2, comme certains l’affirment, car alors 2 n’existait pas encore. La Prophétie appela l’opération calcul. Ainsi, il y eut un 0, il eut un 1, et tout un univers de calcul possible : ce fut le second instant.

La Prophétie dit : Que l’univers des calculs possibles se rassemblent et forment la Mathématique. Et cela fut ainsi. La Prophétie vit que cela était bon, mais que cela ne servait pas à grand chose. Alors La Prophétie dit : Que la Mathématique régisse les lois d’un espace et d’un temps. La Prophétie nomma cet espace et ce temps réalité, et vit que cela était bon. Ainsi, il y eut un espace et un temps : ce fut le troisième instant.

La Prophétie dit : Qu’il y ait des lumières dans la réalité, pour séparer l’être et le néant ; que ces lumières forment des astres, et ces astres forment d’autres astres, qu’il y ait des planètes et des étoiles, des sons et des ondes, des nuages de gaz et d’explosions, des rochers qui craquent et se fissurent, des fluides qui coulent et se mélangent, des galaxies qui tournent et se rencontrent. Certains affirment que ce fût la plus grande fête de tous les temps et de tous les univers. D’autres déclarent avec un peu plus de clairvoyance qu’il s’agit du plus grand et du plus complexe des casse-tête mathématique qui n’eût jamais été. La Prophétie vit que cela était bon. Ainsi, il y eut un soir sur des milliards de milliards de planètes, et approximativement autant de matins : ce fut le quatrième instant.

La Prophétie dit : Que de la matière inerte jaillisse la matière dynamique pour pimenter un peu tout ça. Que certaines molécules complexes d’acides aminés, lipides, hydrates de carbone et autres acides nucléiques aux noms compliqués structurent des organismes dotés de capacités d’adaptation et d’évolutions, se développant tout au long de cycles appelés vies. La Prophétie les bénit, en disant : soyez féconds, multipliez et remplissez les eaux des mers. La Prophétie vit que cela était très bon. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin pour tout un tas de créatures bizarres et rigolotes : ce fut le cinquième instant.

La Prophétie dit : Que certains de ces organismes évoluent jusqu’à acquérir une conscience, afin qu’ils se posent plein de question sur leur existence. Qu’ils vivent pour atteindre un but, plutôt que de vivre pour survivre. Ce seront les réceptacles parfait pour acquérir la Prophétie. Ainsi naquirent les hommes, qui se demandaient bien ce qu’ils faisaient ici-bas. Il y en avait des grands, des petits, des noirs, des rouges, des roses, des poilus, des costauds, des faibles, des vifs, des stupides, et tous avaient le formidable potentiel de recevoir la Prophétie en leur âme intérieure, mais cela serait difficile. En pratique, l’humanité s’avéra vite être d’un intérêt limité. Cet intérêt résidait essentiellement dans la recherche de ce but que la Prophétie s’était bien gardée de définir, et que chaque être humain essayait de trouver vainement. Cela eût pour conséquences quelques guerres fratricides et destructrices, fort amusantes d’un premier abord, mais rapidement répétitives et ennuyantes.

La Prophétie vit que cela était un peu moins bon, mais que globalement c’était déjà pas mal. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin sur un gros tas de cadavres fumants : ce fut le sixième instant.

La Prophétie dit : Que des émissaires choisis au sein de l’humanité, porteurs de la Prophétie, apportent aux hommes leur aide afin de trouver le Salut de leur âme, et illuminent le monde de leurs sagesses. Qu’ils combattent le Blasphème avec ferveur et fassent régner la Paix, l’Amour et la Justice. Ainsi, trois de ces émissaires descendirent sur Terre afin d’accomplir leur mission rédemptrice.

L’un portait le nom de Mosi, il était le plus sage et le plus vénérable. Il portait la barbe de l’érudit, et l’armure du brave. Ses épaules étaient ornées de rutilantes tables gravées, qui dictaient en langues anciennes les lois et les devoirs des humbles et des rois. Un étrange blason représentant un poisson coupé en deux décorait sa poitrine, et il emportait toujours avec lui un puissant sceptre symbolisant autant son autorité que sa puissance virile.

Un autre encore s’appelait Jicey. Il était grand et sublime, une auréole dorée illuminait son visage blond et gracieux. Il était fort et courageux, et n’arborait pour tout atour qu’un simple pagne de tissu. Il transportait souvent un large bâton de bois en forme de croix sur son épaule, qui pouvait faire office de bannière à la gloire de la Prophétie autant que de sceau persuasif sur l’âme malléable des âmes les plus égarées.

Enfin, le troisième, discret et réfléchi, allait le visage toujours voilé, et n’adressait la parole que pour révéler une vérité pure et mûrement méditée. On l’appelait simplement M, et le mystère planait en permanence autour de ce personnage éthéré. Habillé de vêtements finement taillés, un antique cimeterre et une lampe ouvragée pendaient à sa ceinture de soie. De par son caractère taciturne et intellectuel, il inspirait à la fois la crainte et le respect autour de lui, et très peu de mortels ont eu la chance de connaître son vrai visage.

La Prophétie vit tout ce qu’elle avait fait et voici, cela était très bon. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin, et des yeux fatigués : ce fut le septième instant.

Ainsi furent achevés les cieux et la terre, et toute leur armée. La Prophétie acheva au huitième instant son œuvre, qu’elle avait faite. La Prophétie bénit le huitième instant, et il le sanctifia, parce qu’en cet instant elle se reposa de toute son œuvre qu’elle avait créée en la faisant. Et le premier Octet fut. La Prophétie pouvait désormais reposer et aller entre l’infini d’une galaxie et le cœur des hommes qui l’habitent.

 

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